Plus en détail
À moins de vivre sur une île déserte, vous avez certainement beaucoup entendu parler de l’
inflation ces derniers temps !
Toute personne avisée se sera au moins posé la question de savoir comment cette inflation qui émerge pourrait potentiellement affecter son propre futur.
Un aspect de l'inflation rarement abordé est de connaître le pourcentage de réduction de sa consommation qu'il est nécessaire d'adopter, pour se protéger des effets dévastateur de l'inflation dans le temps ?
Le calcul qui suit a pour but de donner quelques informations pratiques pour se protéger par anticipation d'une inflation importante.
Prenons un exemple :
Jean vient de fêter ses 62 ans et a commencé sa nouvelle vie de retraité au 1er août 2022.
Sa retraite annuelle s’élève à
75 000 € bruts*.
Elle est composée de :
• 18 000 € de retraite de base Sécurité Sociale
• 57 000 € de retraite AGIRC ARCCO
Le montant net (après paiement des cotisations sociales et impôt sur le revenu) à disposition pour Jean est de 59 465 € pour ses dépenses ordinaires.
Dans 5 ans, en 2027, Paul fêtera ses 67 ans.
Si sa
retraite est revalorisée au même rythme que l'inflation, il restera à l’équilibre (sous réserve de modification de la pression fiscale).
Si par contre sa
retraite n’est pas revalorisée au même rythme que l'inflation, ce qui est la règle depuis plus de 10 ans, sa situation sera toute autre !
Pour illustrer notre propos, prenons pour hypothèse la
reproduction pendant une période de 5 ans des chiffres 2022 :
• Une inflation de 6,1% affectant son budget de vie compensée par une augmentation annuelle de ses pensions au rythme annuel de :
• 5% pour la retraite SS de base** et
• 2,9% pour sa retraite complémentaire***
Dans 5 ans, en 2027, Paul aura 67 ans.
•
Sa retraite brute n'aura été revalorisée au total que de 15% et sera de 86 169 €. Après paiement des charges sociales et impôts, il lui restera, chaque année, 69 717 € en poche.
•
Son budget de dépenses ordinaires en revanche aura augmenté de 27 % par l'effet de l'inflation pour atteindre 78 352 €.
Dans une telle hypothèse, le déficit cumulé sur 5 ans entre ses revenus et ses dépenses serait de 22 873 € (en valeur d'aujourd'hui), ce qui représente 30,5% de sa retraite brute annuelle !
En clair, si son patrimoine ne lui permet pas d'absorber ce déficit Jean sera en faillite personnel.
Pour être à l’équilibre en 2027, il aurait fallu que Jean réduise, dès 2022, son budget de dépenses de 59 713 € à 55 916 €, soit une réduction de 6,36%.
Si Jean tarde à réduire ses dépenses, l'effort exigé chaque année sera de plus en plus important.
Le tableau ci-dessous illustre plusieurs cas de figure tenant compte :
• d'un montant de retraite différent (75/100 et 150K annuels)
• d'une période de décalage entre inflation et augmentation des pensions de 2, 5 ou 10 ans
En d'autres termes :
- Plus la pension de retraite est élevée et donc la proportion de retraite complémentaire importante et plus important sera le décalage entre inflation et croissance de retraite.
- Plus la période d'inflation sera longue et plus l'impact financier sera prononcé, imposant, soit une réduction de son niveau de vie, soit un appauvrissement.
Selon les cas de figure (montant de la retraite et durée de la période de décalage entre inflation et augmentation des retraites), une réduction immédiate de 3 à 12% de son budget de vie est nécessaire ou, à défaut, un appauvrissement patrimonial de 9 à 100K dans nos cas de figure.
Le problème de Jean, et de tout retraité dans la même position, serait différent s'il s'était préparé en amont de sa retraite en investissant dans des placements adéquats, sélectionnés entre autre pour leur résilience à l'inflation qui lui auraient permis d'amortir la crise.
Notes
* Le taux de remplacement (il s’agit de la comparaison entre la pension nette de prélèvements sociaux et la dernière rémunération perçue, nette de cotisations sociales) est de 53,5 % seulement pour un salarié cadre, d’après les informations du Conseil d’orientation des retraites qui datent de juin 2018. La pension SS de base ne peut excéder 20 568 € et le reste vient en provenance des autres caisses de retraite, notamment AGIRC ARRCO. Cette dernière retraite, basée sur les cotisations du salarié, est-elle même limitée si le salaire sur lequel les cotisations sont basées dépasse 329 000 € (valeur 2022).
** Pour l'année 2022, nous savons déjà que les pensions de base seront revalorisées de +5% (4% au 1er juillet, qui s'ajoutent à une augmentation antérieure en début d'année de 1%) se comparant à une augmentation de l'inflation sur 12 mois de 6,1% (données de fin juillet 2022). Les pensionnés du système de base auront donc perdu 1,2% de pouvoir d'achat sur la seule année 2022.
*** La situation est encore plus dramatique pour les retraites complémentaires, dont l'évolution dépend seulement des partenaires sociaux et non du gouvernement. Pour l'année 2022, les chiffres ne seront pas connus avant novembre, mais d'après plusieurs sources syndicales citées par Le Parisien, la revalorisation envisagée par l'Agirc-Arrco pourrait être proche de 2,9 %, soit largement en-dessous du niveau de l'inflation prévu. Si l'on accepte cette évaluation, les retraites complémentaires augmenteront seulement de 47% du rythme de l'inflation !